Institut Royal des Etudes Stratégiques
Gaston BERGER

"La prospective n’est ni une doctrine, ni un système. Elle est une réflexion sur l’avenir, qui s’applique à en décrire les structures les plus générales et qui vaudrait dégager les éléments d’une méthode applicables à notre monde en accélération.

Or cette descriptions fait apparaître que l’avenir est tout autre chose que ce qu’y voit généralement la pensée commune. Il n’est point «une « région » particulière de la continuité temporelle. Il n’est pas, simplement, la série des moments qui ne sont pas encore arrivés. Le temps, par ailleurs, pris dans son ensemble, n’est pas cette sorte de substance continue et fluide qui s’écoulerait régulièrement et le long de laquelle se déposeraient les événements. Pour l’homme, passé et futur sont hétérogènes. Ils ne sont pas des moments d’une même série. Ils n’ont de sens concret, de sens humains, que lorsque nous les rapportons à notre action : le passé, c’est ce qui est fait, l’avenir, c’est ce qui est à faire.

Issue de nos problèmes les plus pressants, nourrie de notre inquiétude la plus authentique, la prospective n’est pas simplement l’expression d’un intérêt gratuit que nous porterions à l’avenir, sans nous arracher pour autant à nos habitudes. Elle ne vise pas à satisfaire notre curiosité, mais à rendre nos actes plus efficaces. Elle ne vise pas à satisfaire notre curiosité, mais à rendre nos actes plus efficaces. Elle ne pas deviner, mais construire.

Ce qu’elle préconise, c’est (…) « attitude pour l’action ». Se tourner vers l’avenir, au lieu de regarder le passé, n’est donc pas simplement charger de spectacle, c’est de passer du « voir » au « faire ». Le passé appartient au domaine du sentiment. Il est fait de toutes les images dont nous regrettons la disparition et de toutes celle dont nous sommes heureux d’être délivrés. L’avenir est affaire de volonté. Prendre l’attitude prospective, c’est se préparer à faire. Ce n’est pas renier la tradition mais la vivre, c'est-à-dire la prolonger et, peut être, l’enrichir."

Source : « Méthode et résultat », Prospective, n°6, novembre 1960, pp ; 1-14